Article 1/3 - Anticiper et se réinventer : une belle histoire entrepreneuriale avant le premier confinement
30 juin 2021

Article 1/3 – Anticiper et se réinventer : une belle histoire entrepreneuriale avant le premier confinement

REMARQUES LIMINAIRES

1. Cette belle histoire entrepreneuriale de vie servira de fil conducteur pour approfondir et vous présenter deux sujets peu connus. Pourtant déterminants en matière de performance du développement d’affaires. Vous les découvriez ainsi que leurs parutions à la fin de ce premier article…

2. Cet article est aussi l’occasion de mettre en valeur et de rendre hommage à une population qui n’est que rarement représentée sur les réseaux sociaux …

3.  Article de fond écrit par François Lafay.

 

L’HISTOIRE

Pour celles et ceux qui me connaissent, depuis de nombreuses années j’aime me rendre chaque semaine, les samedis matin tôt avant ma « sacro-sainte » partie de golf, au marché d’Ecully, petite bourgade de l’ouest lyonnais. Un vrai bonheur.

Bon nombre de commerçants, d’artisans, de maraîchers, pour ne pas dire la plupart, Loïc le boucher, Franck le poissonnier, Dominique l’ostréicultrice, Nathalie la fromagère, José le Fleuriste sont devenus des copains voire pour certains de vrais amis. Prendre un petit café tôt, un matin d’hiver et la journée démarre bien.

Un ami ? C’est le cas de Nicolas CHAZAUD, maraicher (fruits & légumes) à Thurins (69) de père en fils depuis la 3ème génération. Une agriculture raisonnée et de qualité.

Nicolas est une personne étonnante. Il aime beaucoup son métier, travaille dur, très tôt le matin jusque tard le soir, les pieds dans la terre et en même temps c’est un yogi capable de s’organiser avec sa famille pour partir trois semaines dans un ashram réputé à Goa.

Il est l’une des rares personnes de mon entourage qui connaissait le mot « sérendipité », un pilier du  Business Networking sur lequel j’ai beaucoup travaillé.

Plusieurs jours avant l’allocution du Président qui allait annoncer le 17 mars comme date officielle de confinement suite à la crise du COVID-19, nous discutions de la situation, et au fil de nos échanges j’ai commencé à « délirer » sur quelques idées et autres orientations dans le cadre de son métier.

Le lendemain, Nicolas m’appelle est me dit : « J’ai gambergé toute la nuit suite à notre discussion, Je n’ai rien dormi, je fonce, je vais m’organiser et je vais changer les choses. J’y crois. C’est le moment où jamais…».

 

LE DEBUT DU PROJET

Me sentant responsable et craignant qu’il ne fasse un faux pas face à l’inconnu, j’essayais de l’aider à prendre un peu de hauteur et de recul.

Têtu et imperturbable, il creusait son sillon…

Je le laissais argumenter, répondre à mes objections. Au fur et à mesure le projet prenait forme.

Un grand moment que nous avons poursuivi à plusieurs reprises au fil de l’avancement de son projet et vision entrepreneuriale et que nous poursuivons encore.

Bien avant l’annonce d’Emmanuel MACRON, Nicolas décidait d’arrêter le marché les jeudis, samedis et dimanches, sa seule source de revenus depuis toujours, pour livrer – sans contact physique et dans le respect des mesures préconisées – ses produits, initialement à destination de ses clients habituels d’Ecully.

Très vite au fil de nos discussions s’est imposée l’idée de desservir Lyon et sa proche région.

Très vite il a souhaité fédérer quelques copains agriculteurs du coin pour leur faire bénéficier de cette idée, mais aussi une équipe et des compétences complémentaires autour de ce projet.

38 jours plus tard, grâce à 4 recrutements supplémentaires et l’achat de 2 nouveaux véhicules, Nicolas et son équipe « Les paniers de Nicolas » – nouveau nom créé pour l’occasion – livre 50 clients par jour sur six jours. Il est fatigué mais heureux, réfléchit à de nouveaux projets… en gardant les pieds sur terre, sans prendre la « grosse tête », avec humilité et réalisme.

Le 23 avril dernier, à ma demande, Nicolas créait son profil LinkedIn : Nicolas Chazaud

 

LES MOTIVATIONS

Si, depuis 30 ans j’accompagne tant les DRH et DAF de grandes entreprises françaises et internationales que des dirigeants de PME-PMI, ETI, cela ne m’empêche pas d’être émerveillé par des histoires comme celle de Nicolas. Une histoire qui donne toutes leurs lettres de noblesse aux notions de vision stratégique et entrepreneuriale, d’agilité…

Le fameux « bon sens paysan » qui manque si cruellement à nos technocrates s’est exprimé, dans son cas, avec une fluidité, simplicité et efficacité.

Ce n’est pas l’appât du gain, le développement de son CA qui a guidé et motivé Nicolas.

Ce n’est pas non plus la reconnaissance, le paraître, ou l’égo.

Des motivations plus profondes et plus vertueuses, l’envie de se confronter à un nouveau défi, l’empathie entretenue avec ses clients et la reconnaissance de ce qu’ils lui apportent depuis tant d’années, l’idée de trouver des solutions pour eux (en premier) et aussi pour lui (ce qui ne doit pas être oublié).

Encore une fois, et c’est une constante dans mes réflexions :

Qu’est-ce qu’on fait avec ce qui nous arrive ?

Comment se met-on en mouvement alors que le pays va se figer, que le stress monte d’un cran, que tout s’opacifie ?

Comment construit-on la solution plutôt que de rester en arrêt sur le problème ?

 

CHOISIR PLUTOT QUE SUBIR

Affronter l’inconnu qui paralyse tant d’entre nous, assumer les risques.

Telle a été la démarche intellectuelle et intuitive de Nicolas.

Se mettre en mouvement. Raisonner avec calme et sang-froid, prendre de la hauteur et du recul.

Derrière ce choix, la volonté de donner encore plus de sens et d’humanisme à son travail, d’être plus proche de ses clients, de la mamie ou du grand-père seuls à la famille nombreuse.

Etre en capacité de développer plus encore le lien relationnel et, en cohérence, d’aller au bout de la démarche qui existait pourtant déjà sur les marchés, fut déterminant dans son choix.

Nicolas s’est mis directement en relation avec ses clients.

J’ai envoyé un mail à une grande partie de mes connaissances de la région, les copains, les clients, les fournisseurs, avec à la clé un double plaisir : celui d’essayer modestement de me rendre utile auprès de mon réseau en cette période inédite et celui aussi d’aider un copain que j’apprécie beaucoup.

 

LA MAGIE DU RESEAU

Le « bouche à oreille » naturel a fait le reste …

Rien d’exceptionnel me direz-vous. Certainement, mais je vous engage à lire mon post « Prendre des nouvelles » – pour comprendre que finalement ce qui compte c’est la volonté et même la proactivité de chacun, en sachant pertinemment que ce qu’on fait doit être décorrélé du retour qu’on pourrait en attendre.

Parce que les personnes de mon réseau me font confiance et parce qu’il existait un besoin, elles ont joué le jeu.

De mon côté, j’ai aussi fait confiance à Nicolas qui a dû gérer un peu plus de cette « positive pression » qui construit et qui alimente l’amélioration continue …

La confiance est, plus encore maintenant, essentielle avec toute l’exigence que ce mot revêt.

Un de mes clients, dirigeant industriel, un autre Nicolas que j’apprécie et qui se reconnaîtra certainement, me disait : « C’est super bon, on se fait livrer chaque semaine, les voisins en ont profité et maintenant d’autres habitants de l’immeuble bénéficient de ce service qui est très apprécié en cette période de Coronavirus ».

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec deux autres histoires :

Il y a plusieurs années, avec deux associés nous créions une première entreprise en partant d’une page blanche avec une réelle volonté entrepreneuriale. 7 ans après nous nous introduisions en Bourse. Il y a trois ans je rachetais Multivalente.

Quels sont les points communs entre ces trois histoires, quelles sont les motivations profondes qui nous ont tous animés ?

 

LES POINTS COMMUNS

Quel que soit le moment ou le projet, il y a de nombreux points communs :

  • vivre intensément une véritable aventure en équipe mais aussi l’instant présent avec l’adrénaline qui va avec :),
  • apprendre à se tromper, trébucher mais se relever, toujours regarder et trouver la solution plutôt que le problème,
  • avoir le sentiment de se remettre en cause et de progresser,
  • l’impermanence, toucher du doigt – et encore plus aujourd’hui – que tout est très fragile, peut changer très vite, et qu’il faut rester humble en toute circonstance,
  • rechercher et donner du sens à la vie, essayer modestement de se donner les moyens de réussir sa vie plutôt que réussir dans la vie,
  • se faire plaisir, une notion essentielle à la performance et qui disparaît souvent aujourd’hui,
    faire le pari que l’entreprise est un lieu d’épanouissement professionnel et personnel, construire et fédérer dans cette idée.
  • L’argent n’a jamais été le moteur dans tout ça. Une conséquence tout au plus, jamais la motivation première.

 

ETRE PIONNIER PLUTÔT QUE SUIVEUR !

Bien entendu, d’autres artisans de ce même marché ont suivi cette idée entrepreneuriale, mais beaucoup plus tardivement et parfois de manière timide. D’autres n’ont rien fait.

En dehors de cet exemple on a vu aussi, çà et là, certaines actions se bâtir dans la même idée, mais souvent plus tard.

Aucun jugement de valeur ni aucune critique dans mes propos. Chacun fait comme il veut et comme il peut.

Nicolas n’est certainement pas une exception mais je voulais mettre en lumière la décision qu’il a prise très en amont, son sens de l’anticipation et la vision entrepreneuriale pour être dans les premiers malgré les obstacles qui se dressaient devant lui.

Être pionnier ou suiveur ce n’est pas la même chose !

Etre différenciant, c’est essentiel surtout dans un monde de plus en plus dicté par cette pensée unique qu’il faut combattre, que je vous engage toutes et tous à braver. C’est une lutte de chaque instant !

Etre différenciant dans la création de valeur permet surtout de (dé)montrer de sérieux avantages concurrentiels.

 

SE REINVENTER

C’est une vraie et pure démarche entrepreneuriale de sa part. Une rupture sans concession avec ce qu’il avait toujours connu. Une démarche radicale qui demande de changer totalement de paradigme, de s’organiser autrement, de se réinventer, de prendre des risques dans une situation des plus tendue et inédite, complexe et anxiogène qu’il nous est donnée de vivre depuis bien longtemps, avoir un peu peur mais y aller tout de même et faire le pas.

Pour reprendre les propos d’un survivant du crash de l’avion dans la cordillère des Andes dans les années 70 rapportés par Christophe HAAG dans son dernier webinar :

« La peur c’est ce qui te sauve. La panique c’est ce qui te tue ».

Sans grands moyens (sans ressources et sans business plan validé par les conseils habituels permettant de levers des fonds auprès des investisseurs), il s’est retroussé les manches et a foncé pour « simplement » suivre son intuition entrepreneuriale et aussi son rêve et sortir des sentiers battus.

 

CASSER LES CODES

Alors que beaucoup d’entreprises déployaient les moyens proposés par l’Etat (chômage partiel, fond de solidarité et autre prêt bancaire avec garantie de la BPI), Nicolas recrutait de nouvelles forces vives, investissait dans deux véhicules, réfléchissait à s’organiser autrement, structurait au fil de l’eau son projet.

Son histoire est totalement transposable à chacun d’entre nous, dirigeants et décideurs.

Elle met en lumière le leadership en temps de crise ainsi que certaines forces motrices qui ont permis cette aventure entrepreneuriale.

Laissez vivre votre intuition, votre vision stratégique, vos rêves et … agissez en conséquence pour que la mise en œuvre opérationnelle de cette stratégie soit cohérente.

La grandeur des actions humaines se mesure à l’inspiration qui les fait naître.

Louis Pasteur

RDV AUX DEUX PROCHAINS NUMEROS !

François Lafay

 

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